Camarade agresseur

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L'invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968

L'invasion


C’était une chaude nuit d’août. L’obscurité enveloppait encore Prague lorsque mon téléphone sonna sur la table. Encore somnolent, j’ai décroché le combiné dans lequel résonnèrent seulement deux mots : « Ils sont là. » Mon ami peintre venait de m’appeler, celui avec lequel nous menions à l’époque des débats passionnés pour savoir si les Russes envisageraient ou non, une intervention militaire chez nous si nos réformes démocratiques ne leur plaisaient pas. Mon ami avait promis de me faire savoir si quelque chose se passait. Il avait un camarade vivant en Bohême du nord non loin de la frontière, une communauté d’artistes s’y trouvait réunie. J’ai commencé à m’habiller. Nous habitions alors à Dejvice, non loin de la principale artère menant à l’aéroport. Je m’étais rendu compte que toute la nuit de puissants vrombissements de moteurs d’avion s’étaient fait entendre. Nous ne savions pas encore, que l’aéroport civil avait été investi depuis 22 heures, dans la nuit du 21 août, par des unités soviétiques spéciales, habillées en civil, qui occupaient la tour de contrôle et les principaux secteurs de l’aéroport. Peu de temps après, à intervalles de quelques minutes, atterrissaient de gros avions cargos AN-12, transportant un fort contingent de parachutistes. Vers minuit, il était clair que l’invasion avait commencé. Suite à la décision des cinq Etats « frères », de tous côtés les troupes déferlaient dans le pays. L’armée soviétique s’était réservée l’occupation de Prague. A ce sujet, une petite remarque : pour le monde entier, le début de l’occupation s’est produit le 21 août. Comme on peut le voir, il serait plus correct d’envisager plutôt la date du 20 août, quand l’invasion démarra dans les heures tardives de la soirée. Il était peu avant cinq heures lorsqu’une importante colonne de chars, avec l’étoile rouge en tourelle, déferla sur la Leninova třída (l’avenue Lénine). Tout près de notre maison stationnait en bordure de la chaussée une voiture particulière. Avec mon épouse nous avons alors clairement vu un char la percuter et la renverser sur la pente adjacente. Elle gênait, et devait alors dégager du chemin - tout comme gênait la direction du parti d’alors et même l’Etat.


Extrait de "Soudruh Agresor"