« Les écoutes militaires : des origines à la Libération »
La source « MAD »
Contexte général
À l’été 1933, Madeleine RICHOU, récemment divorcée, s’expatrie en Autriche. Pour vivre, elle devient professeur de français à Vienne. En 1934, elle fait la connaissance d’Erwin LAHOUSEN, major dans l’armée autrichienne. Partageant une même opinion sur la dérive politique suivie par l’Autriche, ils se revoient souvent pour échanger leurs impressions. Après la prise du pouvoir par les nazis au printemps 1938 à Vienne et les violences qui en découlent, leur aversion envers cette idéologie les soude à jamais. Alors que les troupes allemandes entrent en Autriche, LAHOUSEN demande à Madeleine de joindre l‘attaché militaire français, représentant du service de renseignement (SR) pour l’informer qu’il ne pourra plus le contacter, et la presse de rentrer à Paris. Ce premier contact avec un membre du SR va sceller la destinée de Madeleine. À La Rochelle où Madeleine se repose, elle écrit à l’attaché militaire français à Vienne. La réponse provient du chef du SR qui lui envoie un représentant pour s’entretenir avec elle. Il lui dit que son devoir est de partir pour Berlin où LAHOUSEN a été intégré au service de renseignement allemand, l’Abwehr. Elle accepte et devient pour le SR la « source MAD ».
L’engagement de MAD
D’octobre 1938 à la mi-août 1939, Madeleine est à Berlin où les rencontres très discrètes avec LAHOUSEN sont fréquentes. D’octobre 1939 au 24 mai 1945, Madeleine est en Hongrie, à Budapest, où elle va connaître les violences de l’occupation allemande et de la libération par les Soviétiques. LAHOUSEN lui rend visite à plusieurs reprises jusqu’en juillet 1943. Le 24 mai 1945, elle entame son périple qui va la ramener en France, en juillet. À l’été 1946, Madeleine RICHOU est faite chevalier de la Légion d’Honneur et une citation lui est décernée : « Entrée en contact avec les Services spéciaux en 1937, n’a cessé depuis cette date d’exécuter, à l’étranger, avec un entier désintéressement, des missions dont, au prix des plus grands risques, elle a rapporté des renseignements d’une importance capitale. Devenue l’un des principaux informateurs des Services spéciaux, a accepté, au début de la guerre, de demeurer camouflée dans le camp adverse, d’où elle n’a jamais cessé, au cours des 5 années de guerre, de renseigner le commandement par tous les moyens, risquant chaque jour sa vie. A donné un magnifique exemple de patriotisme et de courage calme et réfléchi ». Ces promotions et nominations comportent l’attribution de la croix de guerre avec palme. Elle sera également décorée de la médaille de la Résistance.
Madeleine RICHOU et Erwin LAHOUSEN en 1935